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Richard MILLER Existe-t-il une littérature européenne ?

Date : 03.11.2016 — Vidéo 109 min. — Audio 109 min.

Il est historiquement avéré que pour pouvoir se constituer et perdurer les États-nations se sont chacun fortement appuyés sur « leur » littérature nationale. Ce dont on peut facilement avancer des exemples multiples et très « parlants » pour nombre de pays qui ont revendiqué leur indépendance nationale durant le XlXe siècle. Ils l'ont fait en associant le plus souvent l'affirmation d'une langue, d'une histoire et d'une culture nationales avec la mise en valeur d'oeuvres littéraires.

Ces phénomènes ont conduit à l'unification de l'Allemagne ou de l'Italie morcelées, de même qu'à la naissance du pays qui est le nôtre, la Belgique - avec notamment Charles de Coster. Mais ces phénomènes ont également été présents, même s'ils n'ont pas tous abouti, sur l'ensemble du territoire européen ; de dont témoignent, par exemple, Sandor Petôfi pour la Hongrie, France Preseren pour la Slovénie ou Adam Mickiewicz pour la Pologne.

Ces littératures nationales, ou nationalisées ont largement contribué à façonner la conscience populaire d'une appartenance nationale grâce notamment aux établissements d'enseignement. Aussi, lorsqu'Ernest Renan déclare dans un texte célèbre qu'une nation est un plébiscite de tous les jours, autrement dit une adhésion volontaire, l'acceptation explicite d'une identité, il n'est pas sans savoir quel rôle décisif remplit à cet égard la littérature d'un pays.

L'objet de ce cours-conférence est, partant de ces prémisses dont nombre d'exemples nationaux seront mis en exergue, de poser la question de l'existence ou non d'une littérature européenne. Une telle interrogation est d'autant plus fondamentale que, parvenue à un stade de son développement en termes d'élargissement et de complexité, la construction du fédéralisme européen traverse un moment inquiétant d'hésitation et de surplace - voire même dans certains cas, de régression.

Une littérature européenne fait-elle défaut à l'Union européenne ? Si oui, comment favoriser celle-ci - alors que précisément les difficultés de l'unification européenne sont liées à l'absence de langue, d'histoire, de culture communes ?

Inversement, s'il n'y a pas de littérature européenne, est-ce parce que le lien littérature-nation est à ce point essentiel qu'il ne peut trouver à se dépasser dans l' « unidiversité » d'une littérature européenne ?

Ou encore, autre question, l'absence de cette littérature européenne dont l'Europe a besoin pour rencontrer l'adhésion citoyenne n'a-t-elle rien à voir avec un attachement national trop prégnant, mais bien plutôt avec une absence pure et simple de littérature à notre époque ?

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