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Manuel COUVREUR, Catherine GAUTHIER Légendes autour du « plus vieux bourgeois de Bruxelles »

Date : 04.10.2017 — Vidéo 83 min. — Audio 83 min.

Dans l’inconscient collectif, la célébrité de Manneken-Pis résulterait de la rareté due son sujet. Or, tout au contraire, il n’est que l’un des très nombreux exemples d’un motif iconographique, aussi ancien que largement répandu.

À l’instar d’autres réalités physiologiques, comme la lactation, la blessure ou le crachat, l’Antiquité gréco-romaine laisse de nombreuses sculptures où la miction a été utilisée pour des fontaines anthropomorphes. En Italie comme à la cour de Bourgogne, le motif du putto pisciatore qui avait été continûment utilisé durant le Moyen Âge, rejoignit à la Renaissance celui du puer mingens antique. Le motif du putto pisciatore fut alors convoqué aussi bien comme stigmatisation des désirs coupables, que comme célébration, selon une vision matérialiste, de toute source de vie, que ce soit dans les traités alchimiques ou dans les bacchanales de Titien.

Si le modèle bruxellois a fini par s'imposer comme référence pour ce motif iconographique, c'est notamment en raison des singularités plastiques dont l'a doté son créateur, le sculpteur Jérôme du Quenoy (vers 1570-1650). Depuis le XVIIe siècle, cette statuette a connu une histoire des plus mouvementées sur laquelle les analyses scientifiques les plus récentes viennent d’apporter des lumières nouvelles.

Cette histoire mouvementée s'explique par le fait que Manneken-Pis, dès la fin du XVIIe siècle, a été choisi comme incarnation de l’esprit bruxellois. Aussi, les gouverneurs successifs eurent-ils à lui faire allégeance en étoffant sa garde-robe, coutume qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Comme Pasquin à Rome, Manneken-Pis devint la voix des Bruxellois : sa figure n’a cessé et ne cesse d’être convoquée, dans les contextes les plus divers, et tout particulièrement en temps de guerre, comme symbole de résistance.

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