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Jean-Pierre TRIFFAUX Où est passé le vivant ?
Les organes et le masque dans l’entraînement de l’acteur

Date : 09.03.2018 — Vidéo 26 min. — Audio 20 min.

Le modèle de la cognition incarnée (embodiment) s’est diffusé tant dans les neurosciences que dans les sciences humaines. L’hypothèse fondatrice est que les fonctions corporelles (sensorielles et motrices) sont des constituants à part entière de l’esprit, et non pas des systèmes secondaires au service de l’esprit. Autrement dit, le corps fait partie intégrante de la cognition : nous pensons et ressentons les choses en fonction de ce qui se passe dans nos systèmes sensoriels et moteurs. De nombreuses disciplines ont intégré cette sensibilisation à la dimension de la corporéité (le « sujet agent-patient » en sémiotique par exemple), active dans l’expérience esthétique.

Le spectacle vivant a majoritairement pris appui en Europe (seulement) sur la « coprésence » de l’acteur et du spectateur. Cette identité spectaculaire fait fond notamment sur le corps du comédien/performeur/danseur (improvisation de la Commedia dell’arte, organicité chez Grotowski, préexpressivité de Barba, etc.), qui permet à la scène et à la salle de s’inventer ensemble dans l’instant de la représentation. Mais le corps a aussi été perçu comme instrument de transmission du savoir social, fournissant une trace plus pérenne tant de l’expérience performative de l’artiste que de la relation biologique acteur-spectateur.

La scène contemporaine modalise de manière plurielle la matérialité du corps signifiant : elle exhibe des systèmes non représentationnels, des forces de création spontanée, expose le réel en plateau. A l’inverse, - et n’est-ce pas paradoxal ? -, l’émergence somatique se double d’interrogations sur le corps biologique et ses limites, en créant en scène des « états de corps » extraordinaires, en touchant à l’articulation des corps parlant er vivant, en réarticulant l’intelligible et le sensible, le physique et l’imaginaire, le matériel et le virtuel. Quels sont les enjeux de ces mutations ?

Par ailleurs, transformé sous l’effet des nouvelles technologies, de l’intermédialité, le socle idéologique des « arts de la présence », liés au corps physique, ne perd-il pas de sa solidité ? L’acteur peut être présent en temps réel mais non dans l’espace, il peut être présent dans l’espace mais supplanté par sa propre image médiatisée, il peut donner l’illusion d’être là, mais ne l’est pas, il peut être fragmenté : la voix et la chair peuvent être déconnectés, de même que l’image et le son. En d’autres termes, le spectacle dissocié de la coprésence corporelle et matérielle, et en direct, de l'acteur et du spectateur peut-il encore être catégorisé comme art vivant ?

Telles sont quelques questions que des spécialistes, théoriciens issus de différentes disciplines et praticiens, examineront au cours du colloque.

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